Pièces (dé)montées

Pièces (dé)montées

La céramique vécue comme un métier de bouche.

Toucher l’argile, la modeler, la sentir docile ou résistante sous les doigts est un plaisir qui m’anime encore. Un rapport sensuel, voluptueux qui s’accomplit seule, dans l’intimité de l’atelier.

Travailler la terre et l’émail, liquides ou solides, me donne envie d’y goûter. L’appétit vient en faisant, du désir de voir se métamorphoser ces appareils aux textures molles et luisantes ou bien sèches et cassantes, en matières qui mettent l’eau à la bouche, gourmandes, poudrées, croustillantes. Mes Pièces montées sont la matérialisation d’un fantasme enfantin mais néanmoins interdit, celui d’un dessert plus gros que le ventre.

Il est question de désir encore lorsque que le corps, pieds et jambes dissociés, et autres objets suggestifs se mêlent et s’assemblent de façon presque fortuite dans mes sculptures.

Pièce montées démontées, assemblages instables sans cesse recommencées, mes sculptures sont construites sur un lit de papier froissé prêt à s’effondrer pendant la cuisson. Montage risqué, dressage périlleux, recyclage osé du tout venant hétérogène de l’atelier (œuvres anciennes, déjà cuites, fragments de briques réfractaires, vieilles résistances de four, fonds de seaux) en un temps court, concentré, ferme et énergique. Faut bien que ça monte ! Que ça prenne corps…

Mes Pièces montées sont des cornes d’abondance d’où jaillissent avec générosité et sans complexe, toutes sortes de fragments, de corps et de jus afin de réveiller nos penchants les plus capiteux.

UP